,

Le Guêpier d’Europe : un joyau venu du Sud

Photographie animalière de guêpier d'europe

Le Guêpier d’Europe (Merops apiaster) est sans conteste l’un des oiseaux les plus colorés de notre avifaune.
Avec son plumage aux reflets tropicaux, mélange de bleu-vert, de jaune vif et de roux, il apporte une touche d’exotisme à nos paysages dès le printemps.

Mais au-delà de ses couleurs, c’est surtout son comportement qui rend l’espèce passionnante à observer et à photographier : chasse en vol, perchoirs régulièrement fréquentés, vie en colonie et longues migrations rythment une grande partie de son existence.

Comme souvent en photographie animalière, le plus intéressant reste finalement de comprendre ce que fait l’oiseau avant de chercher à déclencher.

Sommaire

Une vie rythmée par la migration

Le Guêpier d’Europe est un grand migrateur.

Il passe l’hiver en Afrique tropicale et subsaharienne. Une grande partie des populations européennes semble notamment hiverner en Afrique de l’Ouest, entre le Sénégal et le Ghana. LPO

Chez nous, les premiers retours commencent généralement à partir de la mi-avril, puis les arrivées se poursuivent selon les régions et les conditions de migration. Dans le Sud de la France, les premiers groupes sont souvent détectés à partir de la deuxième moitié du mois d’avril. LPO PACA

Ce retour relativement tardif est étroitement lié à son régime alimentaire.

Le guêpier dépend entièrement des insectes. Il lui faut donc retrouver des conditions suffisamment favorables pour que les proies volantes soient de nouveau abondantes.

Après la reproduction, les groupes deviennent progressivement plus importants. Les départs vers l’Afrique commencent généralement à la fin de l’été, avec un passage particulièrement marqué entre la fin août et le mois de septembre. LPO PACA

Un régime alimentaire spécialisé

Comme son nom l’indique, le Guêpier d’Europe consomme volontiers des abeilles, guêpes, bourdons et frelons.

Mais il ne se limite pas aux hyménoptères.Il capture également des libellules, papillons, coléoptères, mouches et de nombreux autres insectes selon les ressources disponibles. 

C’est avant tout un chasseur aérien.

Depuis un perchoir dégagé, il surveille son environnement puis s’élance brusquement pour intercepter une proie en plein vol avant de revenir souvent se poser.

Avec les insectes capables de piquer, le comportement devient particulièrement intéressant à observer. Le guêpier peut frapper sa proie contre le support et la manipuler avant de l’avaler. Ce comportement permet notamment de neutraliser l’insecte et de limiter le risque lié au dard et au venin. 

Sur un perchoir régulièrement utilisé, les allers-retours peuvent se succéder pendant de longues périodes.

Pour la photographie, c’est évidemment une excellente occasion de travailler à la fois les images posées et les départs ou retours en vol.

L’installation et la nidification

Pour s’installer, le Guêpier d’Europe recherche des milieux ouverts et ensoleillés où les insectes sont abondants.

On le rencontre souvent dans les vallées, à proximité des rivières, dans d’anciennes carrières, des sablières ou d’autres secteurs présentant des talus de terre suffisamment meubles.

La nidification est assez particulière : le guêpier ne construit pas un nid au sens classique du terme.

Le couple creuse un tunnel horizontal dans une paroi de terre meuble, généralement sableuse ou limoneuse. Selon le terrain, ce tunnel mesure souvent autour d’un mètre, mais peut atteindre deux mètres ou davantage. Il débouche sur une petite chambre de ponte. LPO PACA

Les deux adultes participent au creusement. Ils attaquent la paroi avec le bec puis repoussent progressivement la terre vers l’extérieur avec les pattes.

La ponte comporte généralement plusieurs œufs blancs, souvent autour de cinq à sept. Ils sont déposés directement dans la chambre située au fond du terrier.

Une paroi parfaitement adaptée une année peut devenir inutilisable l’année suivante après une crue, un effondrement ou des travaux.

Ces sites sont donc naturellement assez changeants.

Comment trouver le Guêpier d’Europe, avec discrétion

Trouver le Guêpier d’Europe demande surtout un peu d’observation et une bonne oreille.

Inutile de chercher au cœur d’une forêt dense. Je prospecte plutôt les secteurs ouverts et ensoleillés, les vallées, les zones proches des cours d’eau, les anciennes carrières ou les paysages où alternent talus meubles et perchoirs dégagés.

Une carte ou une vue aérienne permet déjà de repérer quelques secteurs intéressants avant une sortie.

Ensuite, je préfère marcher tranquillement et observer ce qui se passe autour de moi plutôt que chercher directement une colonie ou une paroi de nidification.

Le cri : votre meilleur allié

Bien avant de voir le guêpier, on l’entend souvent.

Son cri roulé et assez spécifique porte loin, notamment lorsque plusieurs oiseaux circulent ensemble.

Une fois que l’on connaît ce son, il devient probablement l’un des moyens les plus simples de détecter leur présence.

Entendre des guêpiers ne signifie d’ailleurs pas forcément que la colonie se trouve juste à côté. Ils peuvent parcourir une certaine distance pour chasser.

Mieux vaut donc commencer par lever les yeux et regarder leurs trajectoires plutôt que chercher immédiatement une colonie.

Les milieux à privilégier

Les plaines ouvertes, vallées alluviales, anciennes carrières, sablières ou talus bien exposés constituent de bons secteurs de prospection.

La présence de parois meubles est évidemment importante pour la reproduction, mais il faut également des zones riches en insectes ainsi que suffisamment de perchoirs.

Fils, branches mortes, arbustes isolés ou autres points dominants deviennent rapidement des postes d’observation et de chasse.

L’observation

Repérer un perchoir fréquenté est souvent beaucoup plus intéressant que de chercher à se rapprocher d’un nid.

Les guêpiers utilisent volontiers les mêmes branches ou les mêmes fils pour surveiller les insectes.

Une fois ces habitudes repérées, on peut observer leurs départs en chasse, leurs retours et parfois commencer à anticiper certaines trajectoires.

Les déplacements répétés peuvent aussi indiquer la direction du secteur de reproduction.

Mais lorsqu’on comprend où se trouve la colonie, il n’est pas nécessaire d’aller vérifier chaque terrier.

Savoir qu’elle est là suffit souvent largement.

Photographier le Guêpier : entre éthique et technique

Photographier le Guêpier d’Europe est un exercice particulièrement intéressant.

Ses couleurs donnent envie de réaliser de beaux portraits, mais son vol rapide et ses changements de direction permettent aussi de travailler la photographie d’action.

Dans les deux cas, je préfère commencer par observer.

Comprendre quels perchoirs sont régulièrement utilisés, dans quelle direction les oiseaux partent chasser et comment ils réagissent à ma présence permet souvent d’obtenir de meilleures images que de chercher immédiatement à réduire la distance.

L’approche : discrétion et observation

Je ne pratique pas systématiquement l’affût fixe de longue durée sur cette espèce.

Certaines personnes utilisent des tentes-affûts ou installent de gros perchoirs pour faciliter les prises de vue. Un affût bien positionné et installé suffisamment tôt peut évidemment fonctionner, mais ce n’est pas toujours ma manière de travailler.

Je préfère généralement commencer par observer la réaction des oiseaux.

Lorsqu’une personne se trouve trop près du site de reproduction ou mal positionnée sur leur trajectoire, les adultes peuvent hésiter à revenir, rester perchés à distance ou modifier leurs allers-retours.

C’est alors un signal assez clair.

Je ne crois pas beaucoup aux distances universelles du type « à partir de X mètres, tout va bien ».

Selon le terrain, la végétation, les habitudes de la colonie et le comportement des oiseaux, la distance nécessaire peut être très différente.

Sur les sites où je travaille, je peux parfois être installé autour d’une vingtaine de mètres, mais seulement lorsque la configuration et surtout le comportement des oiseaux le permettent.

Si les adultes attendent mon départ avant de revenir au terrier, je suis trop près ou mal placé.

Je privilégie également des séances relativement courtes plutôt qu’une présence continue pendant des heures.

Une proximité photographique n’a finalement pas beaucoup d’intérêt si elle oblige l’oiseau à modifier son comportement.

Figer l’acrobate : les réglages

Photographier un guêpier posé est relativement accessible.

Le photographier en plein vol devient beaucoup plus exigeant.

Ce sont des oiseaux rapides, capables d’accélérations et de changements de direction qui mettent rapidement l’autofocus à contribution.

Pour figer le mouvement, j’utilise généralement une vitesse d’obturation élevée.

Je préfère adapter cette vitesse aux conditions et au type d’image recherché plutôt que donner une valeur unique. Un envol depuis un perchoir, un passage relativement rectiligne ou une poursuite rapide ne demandent pas exactement la même chose.

La gestion de l’exposition mérite également un peu d’attention.

Le plumage du guêpier présente des zones très lumineuses et fortement colorées. Selon la lumière et l’arrière-plan, je peux donc légèrement sous-exposer afin de conserver de la matière dans les zones claires, notamment au niveau de la gorge.

Une méthode simple consiste à commencer par régler l’exposition sur un individu posé dans une lumière comparable à celle de la zone de vol.

Pour l’autofocus, j’utilise un mode de suivi adapté aux sujets mobiles et je laisse souvent les ISO évoluer automatiquement dans une plage que j’ai définie à l’avance.

L’objectif est surtout de conserver suffisamment de vitesse sans devoir modifier trois réglages au moment où l’oiseau décide enfin de passer exactement là où je l’attendais.

Si vous souhaitez travailler plus précisément ces réglages ou progresser sur le terrain, je propose également des cours, initiations et stages photo.

Un invité de prestige à respecter

Le retour du Guêpier d’Europe est chaque année un petit événement.
Après plusieurs mois d’absence, entendre de nouveau ses cris au-dessus des vallées annonce vraiment le retour de la belle saison.

C’est aussi une espèce particulièrement séduisante pour la photographie.

Ses couleurs, son vol et ses comportements offrent énormément de possibilités.

Mais la présence d’un appareil photo ne donne évidemment aucun droit supplémentaire sur l’oiseau.

Pendant la reproduction, la priorité reste le bon déroulement des nourrissages et la tranquillité de la colonie.

Cela demande parfois de renoncer à un meilleur angle ou à quelques mètres de proximité.

Ce n’est pas une perte.

Une observation réussie reste pour moi celle où les oiseaux continuent à se comporter normalement malgré ma présence.

Cette approche rejoint directement ce que je développe plus largement dans mon article consacré au respect du sauvage en photographie animalière.

Le Guêpier d’Europe est magnifique à photographier, mais il est encore plus intéressant lorsqu’on prend le temps de le regarder vivre.

L’observation réussie est celle qui ne laisse aucune trace de notre passage.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *