Photo de vautour : observer, anticiper… puis déclencher

Photo de vautour en vol

Avant de parler de photo de vautour, je préfère commencer par une précision : je ne suis pas spécialiste des vautours.

Je laisse volontiers la connaissance fine de leur biologie et de leur comportement aux personnes qui les étudient réellement. Pour cette partie, des structures comme Vautours en Baronnies seront infiniment plus pertinentes que moi.

De mon côté, je suis surtout photographe de terrain, passionné par les rapaces en vol et par ces quelques secondes où un oiseau, une lumière et un cadrage finissent parfois par se mettre d’accord.

Et les vautours, pour ça, sont assez extraordinaires.

Sur le papier, ils pourraient même sembler faciles à photographier. Ils sont grands, ils planent beaucoup et, lorsqu’on les voit tourner tranquillement dans le ciel, on pourrait croire qu’ils nous laissent tout le temps nécessaire. C’est généralement à ce moment-là qu’on commence à se faire avoir.

Le vautour approche, l’autofocus suit parfaitement, l’œil prend la lumière et on attend encore une fraction de seconde parce qu’on se dit que ce sera encore mieux juste après.

Il tourne légèrement la tête.

Terminé.

Et vient immédiatement cette petite phrase intérieure : « J’ai déclenché trop tard. »

Parfois suivie d’une seconde : « Ah oui… la pré-capture. Je ne l’avais pas activée. »

Voilà. Bienvenue sur le terrain.

J’ai d’ailleurs consacré un article à la pré-capture. C’est une fonction qui peut réellement aider dans certaines situations, à condition, léger détail, de penser à l’utiliser.

Sommaire

Avant de faire une photo de vautour, il y a déjà beaucoup à regarder

Quand j’arrive sur un secteur que je connais bien, je sais généralement à peu près où commencer. Mais la première chose que je regarde reste assez simple : où sont les vautours ?

S’il y en a déjà en vol, leur position donne rapidement quelques indications sur l’activité du moment et les zones où les ascendances semblent fonctionner. Cela ne veut pas dire que tout est décidé pour la journée. Au contraire. Certains jours, un seul oiseau est en l’air lorsque j’arrive. Puis, presque d’un coup, quelque chose change.
D’autres décollent, les premiers groupes apparaissent et la colonie semble progressivement s’éveiller.

J’ai tendance à associer ce moment à la mise en place d’ascendances suffisamment porteuses pour faciliter leurs déplacements, mais je le prends avant tout comme une observation de terrain. Je vois que l’activité change, donc je m’adapte.

Et, à ce moment-là, il y a toujours cette petite voix : « Vite, une photo ! »

Je ne considère d’ailleurs pas cet empressement comme un défaut. Même après des années de photographie, des affûts, des stages et beaucoup d’heures passées dehors, je trouve plutôt rassurant d’avoir encore cette envie lorsqu’un beau sujet apparaît. Ce serait probablement plus inquiétant de ne plus rien ressentir.

Avec l’expérience, on n’essaie pas forcément de supprimer cet enthousiasme. On apprend simplement à le canaliser suffisamment pour continuer à regarder avant de déclencher.

Au début, je voulais surtout que le vautour soit net

Quand j’ai commencé à les photographier régulièrement, mon objectif était assez basique : avoir un vautour net. Et ce n’était déjà pas si mal. Puis, à force de sorties, le regard devient plus exigeant. Une fois la netteté mieux maîtrisée, j’ai commencé à regarder davantage l’œil. Ensuite la lumière sur l’œil. Puis la composition, l’attitude, la position des ailes, la présence de l’animal dans le cadre.

La netteté reste évidemment importante, mais elle devient progressivement le minimum technique plutôt que la finalité de l’image.

Aujourd’hui, il peut parfaitement m’arriver de suivre un vautour bien placé et correctement net sans déclencher. J’ai déjà beaucoup de photos de ces oiseaux et je vais maintenant sur le terrain autant pour les observer que pour les photographier.

Les premières fois, je revenais facilement avec cinq cents images. Aujourd’hui, c’est souvent une petite centaine, parfois davantage si l’activité est exceptionnelle, parfois beaucoup moins.

Ce n’est pas que l’envie de photographier a diminué. Je suis simplement devenu plus sélectif.

Et c’est aussi pour cela que j’ai toujours des jumelles avec moi.

Elles servent à chercher un oiseau posé sur la falaise, à suivre ceux qui sont encore loin, à identifier parfois une autre espèce qui traverse le secteur ou simplement à regarder quelques minutes sans mettre plusieurs kilos de matériel devant mon visage. Accessoirement, des jumelles sont beaucoup plus légères qu’un gros téléobjectif, ce qui constitue un argument scientifique absolument irréfutable après quelques heures dehors.

Ils semblent lents… jusqu’au moment où ils arrivent

Le vol plané des vautours est trompeur.

Vu de loin, tout semble calme. Les oiseaux tournent, prennent de l’altitude et paraissent presque suspendus dans le ciel. Pourtant, lorsqu’un individu commence réellement à se rapprocher, la situation évolue vite.

C’est là qu’un réglage autour de 1/2000 s constitue pour moi une très bonne base.

Ce n’est pas une valeur sacrée. La vitesse nécessaire dépend aussi beaucoup de la qualité du suivi. Plus le mouvement est fluide et régulier, plus on peut parfois se permettre de descendre. À l’inverse, un suivi hésitant ou saccadé demandera davantage de marge. Le réglage aide, mais le geste compte toujours.

Et pour avoir un geste correct, j’accorde beaucoup d’importance à quelque chose de très simple : être stable et à l’aise.

Je préfère une position confortable qui me permet de suivre librement l’oiseau à une posture théoriquement parfaite dans laquelle je vais me retrouver crispé au bout de trente secondes.

Pour l’autofocus, je reste également simple : AF-C, donc autofocus continu, avec les fonctions modernes de détection des oiseaux lorsqu’elles sont disponibles et efficaces.

Je ne vois aucune raison de refuser une technologie qui fonctionne. Mais même le meilleur système autofocus a encore une légère difficulté à photographier un vautour que l’on vient soi-même de sortir du cadre.

Quand plusieurs vautours arrivent, tout devient un peu moins organisé

Il arrive que plusieurs oiseaux apparaissent dans la même ascendance. Sur le papier, c’est formidable.

Dans le viseur, cela peut rapidement devenir beaucoup plus drôle.

On commence par suivre un vautour. Un second arrive dans une meilleure lumière. Un troisième passe plus près. Le premier tourne. Un autre prend soudain une position d’ailes beaucoup plus intéressante. Et pendant quelques secondes, le cerveau essaye de négocier avec les yeux, l’autofocus et le doigt sur le déclencheur.

Avec l’habitude, j’essaye davantage de choisir un individu et de rester avec lui. Pas forcément le plus proche. Cela peut être celui qui bénéficie de la meilleure lumière, dont la trajectoire me plaît davantage ou simplement celui que j’ai envie de suivre à cet instant.

Je dis bien « j’essaye ». Il m’arrive encore de changer d’avis trois fois en quelques secondes.

La théorie est toujours beaucoup plus disciplinée que la personne derrière le viseur.

Le zoom me laisse prendre ce que le passage me donne

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’apprécie beaucoup les longues focales zoom.

Je peux commencer à suivre un vautour encore éloigné avec une focale importante puis dézoomer progressivement lorsqu’il se rapproche. Et parfois il se rapproche beaucoup.

Dans ce cas, je ne cherche pas forcément à conserver l’oiseau entier dans le cadre. Si j’ai vu le passage arriver suffisamment tôt, cela peut devenir l’occasion d’un vrai plein cadre, parfois sans le corps entier, voire d’un portrait serré sur la tête, le regard ou le bec.

À cette distance, on change presque de photographie. On ne raconte plus seulement le vol, on raconte davantage la présence de l’animal.

En revanche, si je n’ai pas vu arriver l’oiseau à temps, je ne cherche pas forcément à sauver la situation en catastrophe. Je lève la tête et je profite du passage. Tout n’a pas besoin de terminer sur une carte mémoire.

Je ne m’impose pas non plus un arrière-plan précis. Un ciel bleu uniforme peut parfaitement fonctionner et isoler magnifiquement le vautour. À d’autres moments, la falaise, le relief ou le paysage vont apporter beaucoup plus de matière à l’image.

J’aime particulièrement les plans serrés, le mouvement et un œil bien éclairé, mais je prends d’abord ce que la nature me donne. Je préfère largement m’adapter au passage plutôt que chercher à reproduire une photo décidée avant même d’arriver.

Il y a la lumière… et parfois l’air entre nous

Un simple mouvement de tête peut complètement changer une photo de vautour.

Une seconde, l’œil prend parfaitement la lumière. La suivante, il disparaît presque dans l’ombre.

C’est aussi pour cela que je ne déclenche plus exactement comme lors de mes premières sorties. Je surveille davantage ces petits changements et j’attends parfois quelques instants supplémentaires lorsqu’une trajectoire semble prometteuse.

Pour les personnes qui utilisent une partie des automatismes de leur boîtier, la mesure spot peut également être intéressante. Ces oiseaux sont suffisamment grands pour occuper rapidement une bonne partie de l’image, et cette méthode peut être utile lorsque le sujet évolue devant un fond très clair ou très sombre. Ce n’est pas une règle universelle, simplement un outil à tester selon son matériel et sa façon de travailler.

Je vais volontairement m’arrêter là avant de déclencher une guerre entre écoles de mesure de lumière. La photographie possède déjà suffisamment de sujets de dispute.

Il existe en revanche un phénomène contre lequel toutes ces discussions ne servent absolument à rien : le voile de chaleur.

Autour des falaises et des zones rocheuses, les différences de température peuvent créer des turbulences dans l’air, parfois même lorsque la saison ou la température ambiante ne semblent pas particulièrement impressionnantes.

À longue distance et avec une longue focale, ces mouvements d’air peuvent sérieusement dégrader la netteté.

Le boîtier fonctionne.

L’autofocus fonctionne.

L’objectif fonctionne.

Mais entre nous et le vautour, plusieurs dizaines de mètres d’atmosphère ont décidé de transformer l’image en aquarelle.

C’est toujours bon à garder en tête avant de remettre en cause la moitié de son matériel.

Certains de mes meilleurs souvenirs arrivent pendant le pique-nique

Curieusement, l’un des moments qui me marque le plus lorsque je vais voir les vautours n’a parfois absolument rien à voir avec la photo.

C’est le repas.

Pendant la matinée, on est concentré. On cherche les oiseaux, on suit les trajectoires, on surveille la lumière, le cadrage et tout ce petit bazar qui finit par occuper une bonne partie de notre attention.

Puis vient le pique-nique.

L’appareil est posé. On discute. On mange. On regarde autrement. Et un vautour passe à quelques mètres au-dessus de nos têtes.
À ce moment-là, on entend parfois le sifflement de l’air dans ses plumes.

C’est assez impressionnant.

Je pense simplement que nous sommes plus disponibles pour l’entendre. Le viseur n’occupe plus toute notre attention et le reste de la scène revient soudainement. C’est aussi un moment que j’aime beaucoup observer chez les personnes que j’accompagne. Pendant quelques secondes, plus personne ne parle de vitesse, d’autofocus ou de focale.

Tout le monde lève simplement la tête. Et finalement, ça résume assez bien pourquoi je continue à aller voir ces oiseaux.

Le choix du lieu fait aussi partie de la photo

Il y a enfin une question que je trouve importante avec les vautours : où décide-t-on d’aller les photographier ?

Les périodes qui offrent une activité particulièrement intéressante peuvent aussi correspondre à des moments sensibles autour de la reproduction. Personnellement, je préfère concentrer ma présence sur un site déjà fortement fréquenté et facilement accessible plutôt que d’aller chercher une colonie plus sauvage simplement dans l’espoir d’obtenir quelques mètres de proximité supplémentaires.

On pourrait presque dire que certains secteurs sont déjà un peu « sacrifiés » à la fréquentation humaine, même si le terme est volontairement fort. Sur ce type de lieu, les vautours voient déjà passer des promeneurs, des familles, des groupes et parfois des conversations dont le volume sonore ferait pâlir une enceinte.

Une personne silencieuse, bien placée et attentive à ce qui l’entoure n’est donc pas forcément la présence la plus marquante du secteur.

Mais cela ne signifie évidemment pas que tout devient permis. Un site fréquenté n’est jamais une autorisation de déranger. Il reste nécessaire d’observer le comportement des oiseaux, de respecter les zones sensibles et de savoir changer de position ou renoncer lorsque la situation l’exige.

Pour moi, c’est simplement une question de cohérence : si un secteur déjà très fréquenté permet d’observer et de photographier dans de bonnes conditions, je ne vois aucune raison d’aller ajouter ma présence sur une colonie beaucoup plus tranquille.

En rentrant, je regarde quand même les photos

Je pourrais prétendre qu’après une belle journée dehors je laisse sagement la carte mémoire dans le boîtier et que je prends le temps de méditer sur l’expérience vécue.

Évidemment non.

Comme beaucoup de monde, j’ai envie de regarder. Je fais généralement un premier passage assez rapidement, ne serait-ce que pour voir ce que j’ai ramené, supprimer les ratés évidents et repérer quelques images qui attirent immédiatement l’œil.

Ensuite, selon l’heure et la fatigue, le développement peut très bien attendre le lendemain. Et parfois beaucoup plus longtemps. Il m’arrive de rouvrir une série quelques semaines ou quelques mois plus tard et de tomber sur une image en me disant : « Tiens… pourquoi je n’ai jamais développé celle-ci ? »

Le regard change avec le temps. Une photo qui semblait secondaire le jour même peut devenir beaucoup plus intéressante lorsqu’on la redécouvre avec un peu de recul. Aujourd’hui, ce qui me fait retenir une image n’est plus seulement la netteté. C’est la composition, la présence de l’animal et ce petit quelque chose qui donne envie d’y revenir.

Et si je rentre sans « la photo » ?

Ce n’est finalement pas très grave. Si j’ai pris l’air, vu ces oiseaux majestueux planer au-dessus du relief et passé un bon moment, la journée est déjà réussie. Une belle photo en plus ? Évidemment, je ne vais pas faire semblant de la refuser.
Mais elle reste un bonus. Et je crois que c’est justement lorsque la photographie cesse d’être une obligation que l’on recommence parfois à mieux regarder.

Pour aller un peu plus loin sur le terrain

Je garde volontairement cette partie pour la fin, parce que cet article n’a pas été écrit comme prétexte pour vendre un stage.

Mais puisque j’organise régulièrement des journées consacrées à la photo de vautour en vol en Drôme provençale, autant le signaler à celles et ceux qui souhaitent travailler tout cela directement sur le terrain.

On y parle évidemment de réglages, de suivi et de placement, mais surtout d’observation, d’anticipation et d’adaptation aux conditions du jour.

L’objectif n’est pas de garantir « la photo ».

C’est plutôt d’être un peu mieux préparé lorsque le vautour décide enfin de passer exactement là où il faut.
>> Contenu du stage ici <<

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